La surpopulation détermine le ravage des
océans et des mers par la pêche intensive incontrôlée, provoque la destruction des forêts par la surconsommation de bois, accentue la pollution de l’air, de l’eau et de la nourriture par notre
façon de vivre et de produire et, enfin, aggrave l’état de famine dans presque tous les pays en voie de
développement.
Si, en 1960, on dénonçait déjà la surpopulation, alors que nous n’atteignions même pas
trois milliards d’individus, quelle réaction salutaire devrait soulever la constatation des presque sept milliards la peuplant aujourd’hui et le présage catastrophique des dix, annoncés
pour demain ?
Les frontières de la planète ne sont pas extensibles et ses ressources naturelles poursuivent leur déclin. De même, la
déforestation est une catastrophe pour l’écosystème de purification de l’air !
A terme, notre société de surconsommation, stimulée par la poussée démographique, est donc vouée à l’échec...
------------------- O --------------------
A l’aube du XXIe
siècle, accepterons-nous, enfin, de reconnaître notre système de civilisation comme un échec, mondialement ressenti dans ses conséquences dramatiques ?
Emprisonnant l’humanité, la folie et l’inconscience humaine se retrouve, ici, sous la forme d’une société désorganisée, dotée d’un esprit individualiste, totalement à l’opposé
de tous les types de sociétés animales connues, sur la planète. La misère, la criminalité, les guerres, le fanatisme et les actes de terrorisme en représentent les conséquences tragiques!
Une vraie civilisation humaine ne peut fonctionner que si l’esprit d’égalité et de solidarité est présent, unanime et délibéré, dans tous les
domaines.
CHAPITRE
IV
Projets fous...
Contre folie humaine !
Il est environ onze heures trente quand, après une navigation des plus sportives, nous laissons sous notre vent* l’île Plane, située juste devant Riou, sa voisine, qui présente
une magnifique calanque aux eaux limpides, dotée d’une agréable plage de sable fin et abritée de tous les vents dominants.
Nous y arrivons en moins de cinq minutes et constatons qu’elle est déserte. Aucun bateau
n’est encore venu troubler sa quiétude. Nous fonçons droit sur la plage et laissons le Proto s’échouer par l’avant, après avoir soulevé la dérive* et le safran* du gouvernail.*
Cette manœuvre terminé, nous descendons les voiles et tirons un peu plus la coque à terre pour lui éviter de repartir en mer. Enfin, dernière précaution, nous portons l’ancre
jusqu’à un gros rocher, auquel nous l’agrippons, avant de tendre l’amarre la reliant à l’étrave du bateau.
– Voilà, dis-je à Charles, nous te présentons notre petit paradis ! Ici, hormis les goélands, il n’y a personne...
(...)
Nous entrer en courant dans l’eau, dont la température doit avoisiner les vingt cinq degrés. Ce
bain est un vrai délice et nous l’éternisons en cueillant quelques fruits de mer pour agrémenter notre repas.
(...)
Charles sort sa pipe et l’allume pour la première fois de la journée, avant de s’étendre, lui aussi, sur la bâche utilisée pour le repas pris à même le sol de la plage. Se
tournant vers moi, il demande en souriant :
– Qu’elle est donc ton idée, Chris, pour marcher dans les pas de Cousteau ? Je suis curieux de la connaitre…
– L’idée est simple, commencé-je, mais sa préparation et son aboutissement risquent d’être laborieux ! Il s’agit de réaliser un exploit sportif inédit, dont s’empareront les
médias du monde entier ! En devenant célèbres, nous pourrons en profiter pour exposer les dangers de la surpopulation, chercher à démolir les croyances religieuses en démontrant leurs
incohérences et suggérer la contraception...
– Hé bien ! s'exclame Charles.
– Mais quel exploit réaliser ? demande Maurice.
– Puisque nous avions projeté d’aller rejoindre les îles tropicales avant l’hiver prochain, pourquoi ne pas y aller avec le Proto ? Personne n’a encore réalisé un tel voyage, avec un
simple dériveur. Ce serait un véritable exploit !
– Tu es complètement fou ! S’exclame Maurice.
– En admettant que cet exploit soit réalisable, répond Charles, cela ne suffirait peut-être pas à faire parler de nous…
– Sauf, si on propose à un magazine à grande diffusion et à la Télévision Française de leur procurer des reportages sur notre aventure, au fil de son déroulement. En pratiquant
des prix raisonnables, nous aurions des chances d’accrocher leur intérêt ! De plus, grâce à la publicité médiatique dont nous bénéficierions, nous n’aurions aucun mal, à notre retour, pour
trouver un éditeur susceptible de publier un livre complet, sur notre odyssée…
– Je crois que ton idée n’est pas bête du tout, approuve Charles, en soufflant vers le ciel un nuage de fumée. Ce film et ces reportages auraient un double avantage : ils
nous permettraient de vivre pendant le déroulement du voyage et commencer, tout en douceur, à parler de la surpopulation qui nous guette et de tout le reste…
– Bingo ! Tope là et c’est parti, ne puis-je m’empêcher de m’exclamer, tout joyeux.
Je lui tends ma main et il tope, tout en riant. Je la présente aussi à Maurice mais notre ami refuse de relever le défi.
– Vous êtes des fous furieux d’envisager de traverser les océans, sur une merde flottante pareille ! Allez vous suicider tout seuls, moi je ne marche pas !
– Qui a parlé de traverser des océans, dis-je. Le périple envisagé nous fait longer les côtes
de la Méditerranée puis celles de la Mer Rouge et de l’Océan Indien, jusqu’en Thaïlande. Ensuite, ce sera du cabotage d’île en île, vers la Polynésie Française, premier but du voyage. Les
indigènes Maoris ont ouvert cette route bien avant nous, avec des embarcations plus rustiques. En principe, tous les soirs nous camperons à terre, un peu comme on le fait ici, sauf que le danger
sera omniprésent, à cause des pirates et malfrats qui sévissent un peu de partout, à partir de la Mer Rouge…
– Non, répond Maurice. Mais je trouve cette méthode trop longue et trop compliquée. Il doit bien exister un autre moyen plus simple et plus rapide de se faire connaître, nom
d’un chien ! De plus, il n’est pas certain que les médias soient intéressés par ce genre d’aventures…
– Cela est un fait, dis-je. Mais il sera facile de le savoir, dès que nous les aurons contactés. Quant à réaliser un autre exploit, pourquoi pas ? As-tu quelque chose d’épique
à nous proposer ?
Maurice ne répond pas, il réfléchit ferme. Si on écoutait attentivement, je suis sûr que le bruit des bulles de son cerveau en pleine ébullition serait perceptible, tant elles
pétillent !
Je fais un clin d’œil à Charles qui rit en silence, tout en fumant sa pipe. Nous allons avoir le temps de faire la sieste, avant que notre ami trouve la réponse à ma question.
Je ferme les yeux, en rêvant à toutes ces îles paradisiaques que nous feront découvrir nos aventures au bout du monde et je finis par m’endormir, un sourire de contentement sur les
lèvres…
(...)
------------------------------- O ------------------------------
L’Homo Sapiens, apparu sur la terre il y a prés de cent milles ans, a réussi, par le développement de son
intelligence et la transmission de ses connaissances, à régner sur le monde animal. Cependant, comme tous les mammifères, il a été doté d’organes vitaux qui stimulent toujours en lui, au travers
de mécanismes chimiques complexes, des instincts primaires : cruauté, peur, jalousie, haine, colère, pulsions sexuelles incontrôlées, etc..
Afin de vivre en société organisée, il a du s’efforcer de rejeter ces instincts, s’évertuer à les combattre et les condamner...
Aujourd’hui, si vous voulez élever votre savoir et votre sagesse au niveau créatif pour lequel le phénomène de la Vie vous a prédestiné, vous devrez utiliser toute la puissance
de votre volonté, afin de transcender vos penchants originels et laisser surgir les pouvoirs extraordinaires psychiques, générés par votre subconscient !
CHAPITRE V
Aventure… Liberté…
Le pouvoir de la volonté !
Il est presque cinq heures, quand nous décidons de quitter notre petit paradis d’une journée. Le vent a molli à force trois, en tournant au sud-ouest, suivant l’orientation du
soleil couchant. Notre navigation va être des plus agréables…
Après avoir fait disparaître toutes traces de notre passage et rangé le matériel à bord, nous hissons les voiles, récupérons l’ancre puis prenons la mer, non sans avoir laissé
sur la plage, en évidence, des morceaux de pain pour les goélands, qui ne tardent pas à venir s’en emparer.
Dès que nous quittons l’abri de la calanque, une rafale de vent vient frapper la voilure, nous faisant passablement gîter*, malgré notre allure grand largue.* Aussitôt, je
demande à mes co-équipiers de se mettre au rappel,* au vent* et sur l’arrière du bateau, de manière à augmenter artificiellement la longueur de la flottaison et gagner de la vitesse, en
effectuant du surf* sur les vagues.
Un moment plus tard, quand nous sommes assez éloignés de l’île, pour ne plus être abrités de la mer du large, je constate avec plaisir que la coque du Proto répond bien à ce
genre de sollicitation. Cap sur la Grande Candelle, qui surplombe le camp naturiste de sugiton, je laisse le voilier s’envoler sur les crêtes des vagues, dans un clapotis d’écume
effervescente et lumineuse !

(...)
A dix neuf heures, nous amarrons le voilier entre sa bouée de mouillage, reliée au fond marin par une chaîne et un amas de ferrailles, et un gros rocher faisant office de quai,
en bordure de la crique au dessus de laquelle se dresse notre campement.
Le soleil est déjà couché, derrière le massif rocailleux nous surplombant. Par contre, en face de nous, il illumine de mille feux la cime des falaises séparant les calanques de
Sormiou et Morgiou. Charles s’extasie du spectacle, tandis que nous débarquons voiles, sacs et équipements du voilier.
– Ici, dis-je, il est vraiment dommage de ne pas pouvoir assister au coucher du soleil, à moins de grimper sur le massif, au dessus de nous.
– J’aimerais bien en voir un mais pas ce soir, répond Charles. J’ai une faim de loup et, de plus, tu m’as promis un cours théorique de voile.
– Exact ! Et quand on ne verra plus assez pour lire les dessins, nous pourrons reparler de notre projet…
– Allons-y, ne perdons plus de temps !
Nous ramassons nos affaires et escaladons le court sentier, pour rejoindre le campement.
Cette journée a été fertile en projets et nous ne manquons pas d’en reparler, tout au long du dîner, avec gaîté et enthousiasme. Puis, nous passons aux choses sérieuses et
notre ami parisien a droit à son cours de voile, où il apprend, à une vitesse prodigieuse, les rudiments essentiels de ce noble sport. Nous verrons demain, dans la pratique, s’il a tout
retenu…
Il fait nuit, quand nous rangeons notes et croquis. Nous préférons ne pas allumer la lampe à gaz, pour ne pas attirer des moustiques dans le coin. A présent inactifs, nous
décidons de reparler de notre projet de fous et Charles laisse tomber une question pertinente :
– Etes-vous déjà parti un certain temps à l’aventure, loin de votre famille, avec peu ou pas d’argent en poches ?
(...)
– Afin de ne pas connaître ce genre de déboires dans des pays
inconnus, dis-je, nous aurons donc intérêt à avoir un contrat avec la télé, ou un magazine, tu ne penses pas ?
– Assurément, répond Charles. Ce sera cependant le plus difficile à obtenir. Nous n’avons aucune expérience dans la pratique du journalisme…
– Je pense que je me débrouille déjà un peu pour écrire. Pour les films, il faudra compter sur la chance, en espérant que la chaîne intéressée nous propose un stage de
formation…
– De toutes façons, raille Maurice, il y aura sûrement un prix fort à payer pour la réalisation de vos projets ! Ne vous faites donc pas trop d’illusions. Il vous manque :
argent, bateau, matériel, étude et apprentissage du métier de reporter et de caméraman ! Aussi, je serai bien surpris que tout cela se négocie en trois mois. A mon avis, vous ne serez pas prêt
avant l’année prochaine !
– Soyons donc organisés, dis-je, et voyons dans l’ordre les
difficultés à surmonter. Primo, contacter le Directeur de la chaîne de télévision pour prendre la température. Si l’entrevue est négative, chercher une autre idée. Si elle est positive, prendre
quand même d’autres contacts, avec des médias directement concernés par des reportages dans le milieu nautique. Secundo, commencer à transformer le Proto en Prao, tout en essayant de se faire
filmer pendant les travaux, pour passer sur l’antenne aux infos régionales. Cela nous permettra peut-être de trouver un sponsor, ou des gens disposés à nous aider, dans le milieu de la
construction navale et de l’édition…Qu’en penses-tu?
– D'accord avec toi ! s’écrie Charles. Maintenant, si je peux me permettre un conseil, Chris, penses positivement à notre projet, vois le se réaliser dans les
moindres détails et je peux te garantir que nous réussirons, «contre vents et marées », c’est une loi naturelle ! De mon côté, j’agirai de même...
Sceptique de nature, Maurice manifeste son ironie à ces propos :
– Ha, ça c’est beau ! Alors, d’après cette théorie, il suffit de penser tous les jours que l’on va coucher avec la fille de ses rêves, pour que ça marche ? Vous me faites
rigoler tous les deux, avec vos trucs à dormir debout ! Je veux bien me faire moine, si ce principe fonctionne vraiment et permet de satisfaire tous nos désirs !
Charles éclate de rire, tout en sortant sa pipe de son fourreau, pour la seconde fois de la journée seulement. Tandis qu’il la bourre avec son tabac à l’odeur envoûtante, il
répond calmement et avec conviction :
– Alors, mon ami, tu peux déjà réserver ta place au monastère ! Je te le garantis ! Ce principe marche à la perfection, dès lors que le désir manifesté concerne ta
propre existence. Tu n’arriveras pas, par contre, à utiliser la force de ton psychisme pour agir envers autrui. Par exemple, une plante ou un animal va arriver, dans le
temps, à modifier son aspect ou ses armes défensives, par nécessité, selon la règle décrite par Darwin et constatée par la plupart des naturalistes, mais ne pourra pas, malgré tout le désir
manifesté, réussir à influencer le destin de sa proie ou de son pire ennemi.
– Tout ça, c’est de la foutaise, rétorque Maurice.
– Pas du tout, sourit Charles en allumant sa pipe. Je peux te garantir que cela marche, dans la mesure où on y pense obsessionnellement ! Nous
avons certainement perdu, à travers les siècles, une grande partie de ces pouvoirs incroyables ! Parfois, aujourd’hui, certaines personnes parviennent encore à les utiliser et alors
on crie au miracle ! Cette force est pourtant à l’état latent en chacun de nous mais nous n’arrivons pas à la « débloquer »... Depuis l’antiquité, la religion fait la chasse aux
sorcières, dénonçant les manifestations du paranormal comme appartenant aux forces sataniques. La peur d’être brûlés sur un bûcher a sans doute fait refouler, dans l’esprit de nos ancêtres, leurs
talents à provoquer certains phénomènes. Ainsi, ces pouvoirs ont dus s’éteindre, peu à peu, chez la plupart des humains, par manque d’entraînement à les exercer, mais il
semble que nous ayons malgré tout conservé la possibilité d’influencer les évènements de la vie en notre faveur ou défaveur, selon la tournure positive ou négative de notre
esprit… C'est un phénomène naturel.
Tandis que Charles allume sa pipe, Maurice se lève et dresse ses bras vers le ciel :
– Toi, mon ami, dit-il, tu aurais du être Ministre de la communication ! Pour endormir les gens avec de belles paroles, tu n’as pas ton pareil !
Je viens au secours de Charles en expliquant :
– Il me semblait pourtant, mon petit Momo, que tu avais fini par comprendre la théorie d’Albert Einstein, sur la relative inexistence de la matière ! Puisque
notre corps est essentiellement constitué par de l’énergie, il est tout à fait normal que l’onde émise par notre subconscient puisse avoir de l’influence sur cette énergie, pour la manipuler à sa
guise. Bien sûr, une telle prouesse nécessite pas mal d’entraînement. Il est donc normal que bien peu d’entre nous puissent s’adonner à cet exercice, relevant d’une
grande concentration mentale, doublée d’une confiance en la réussite inébranlable ! La foi profonde permet aussi d’obtenir le même résultat. On crie alors au miracle ! Cependant, on
oublie que « l’état de transe », provoqué par certains rîtes ou drogues, autorise la réussite d’exploits incroyables ! Plus près de nous, les médecins constatent, de plus en plus
fréquemment, des guérisons spectaculaires dues à des médicaments à effet placebo... Les manifestations du paranormal sont surprenantes, n'est ce pas ?…
Maurice a cessé toutes ironies. Il a l’air ébranlé par mes explications. Sourcils froncés, il demande :
– C’est quoi un médicament à effet placebo ?
(...)
Maurice regarde Charles avec des yeux éberlués et reprend place à la table, en formulant d’un ton blasé :
– Je me demande, depuis ces deux jours passés ensemble, si je ne suis pas entrain de rêver ! Alors, toutes ces théories seraient donc bien vraies ?
Charles lui souffle un épais nuage de fumée au visage, avant de plaisanter :
– Non, je suis un magicien ! Et le tabac que je fume exerce un pouvoir de persuasion sur les ânes de ton espèce, pour les convaincre de vaines absurdités
!
--------------------------------- O ----------------------------------
Le vrai état de bonheur, dans la vie contemporaine et sociale, ne peut dépendre de valeurs falsifiées,
comme l’argent, le pouvoir ou la possession ! Il ne passe pas, non plus, par l’assouvissement des plaisirs de nos sens, trop éphémères. Il peut, quelquefois, exploser le temps d’une
passion, d’un Amour, ou d’une gloire épisodique, s’épanouir dans l’art ou la créativité perfectionniste, cheminer dans la communication harmonieuse avec autrui, ou le dévouement et la générosité
voués à une cause.
On le découvre aussi dans le subtil développement de nos connaissances et l’ouverture de notre esprit aux œuvres issues de l’intelligence !
Enfin, il peut atteindre son paroxysme dans la liberté d’entreprendre, la frénésie de l’action et la satisfaction de réussir, là où d’autres n’ont pas osé s’engager
!...
CHAPITRE VI
Du rêve à la réalité…
Le bonheur dans l’action !
(...)
...Le Cap Morgiou est franchi à midi seulement mais, à partir de là, le vent passe rapidement à force 3 et nous fonçons au
près bon plein, en faisant du rappel, le corps penché à l’extérieur du bateau. Prenant la barre à tour de rôle, nous ressentons la même griserie, procurée par le plaisir indéfectible de la glisse
sur l’eau ! Durant ces moments, le temps ne compte plus et nous arrivons à la calanque d’En Vau, véritable Mecque Provençale de l’escalade, sans même nous en rendre compte !
Ce site est vraiment prodigieux, avec son bras de mer aux eaux
limpides, littéralement encastré entre des falaises abruptes qui le bordent, jusqu’à une petite plage sauvage, constituée de galets. Ici, hélas, le soleil resplendit seulement trois ou quatre
heures par jour, du fait de la hauteur des parois.
A la saison estivale, des équipes d’alpinistes s’accrochent à ces murs de roche et font vivre la calanque aux sons de leurs pitons. Musique palpitante pour les spectateurs de
ce prodige sportif, qui ne peuvent s’empêcher de tordre leur cou pour suivre l’évolution de ces araignées humaines, pendues au bout de leurs fils de nylon !
(...)
Bien avant la tombée du jour, nous rangeons les voiles et le
matériel de sécurité du Proto dans un petit local fermé, servant d’atelier à Vincent. Puis, nous retournons, à la rame, au campement. Là, nous amarrons le voilier à sa bouée, à l’aide d’une
chaîne et d’un cadenas, pour éviter qu’un plaisantin, ou un gamin, le libère et le laisse partir à la dérive.
Bientôt, il sera vingt deux heures et nous pourrons, sans risque de récolter un P.V., prendre la route et retourner vers la civilisation. Nous venons de vivre un week-end
exceptionnel et chacun de nous ne sera pas prêt d’oublier le bonheur vécu. La joie d’avoir appris à surmonter sa peur de l’eau, pour Michèle. Le plaisir, pour
Charles, d’avoir découvert la navigation à voile, la fierté de s’être surpassé dans l’apprentissage de ce noble sport et celui de l'escalade; enfin, la jubilation d’un projet partagé d’aventures
humaines, issue d’une extraordinaire journée passée sur une île déserte !
En cette fin de week-end mémorable, le bonheur est roi, dans nos têtes et dans nos cœurs…
O
(...)
Pour tuer le temps, nous décidons d’aller nous promener, à
pieds, sur les rives du Vieux port, afin d’admirer les voiliers au mouillage, devant la Mairie. A Marseille, c’est toujours là que sont ancrés les bateaux de passage et, parfois, on a la chance
d’y rencontrer de vrais aventuriers de la mer.
Au cours de notre flânerie, nous remarquons, en effet, un voilier de sept mètres environ, très particulier. Outre un demi-globe transparent, fixé sur le panneau coulissant du
rouf, il comporte un système de pilotage automatique, relié à la barre du gouvernail. De plus, son gréement a été renforcé. Malgré sa petite taille, ce bateau semble taillé pour naviguer au
large, dans des conditions météo rigoureuses. Fascinés, nous restons un long moment à l’admirer.
Le Cap Horn modifié (Mahina) de Philippe Puisais.
A ce moment, un homme d’une trentaine d’année, de taille moyenne
et le teint halé, tape sur l’épaule de Charles et nous dit, en souriant :
– J’ai l’impression que mon bateau vous plait ?...
– Oui, répond Charles en se tournant. Vous êtes le propriétaire de cette merveille ?
– Oui, je l’ai construit et suis venu de Tours en empruntant le canal du midi. Je compte travailler quelques temps ici, avant de partir pour les Antilles.
– Vous avez un beau voilier, dis-je, et la chance d’être presque prêt à partir ! Nous sommes tout juste à la case départ…
A peine ai-je prononcé ces mots que notre interlocuteur devient soudain très chaleureux et volubile.
– Ah ! S’exclame-t-il. Vous aussi, vous préparez une traversée ? Qu’avez-vous comme bateau ? Mais venez donc à bord. Nous n’allons pas rester là, à bavarder sur le
trottoir…
(...)
Nous lui décrivons notre projet, plus en détails, avec les modifications à apporter au Proto et, au fur à mesure de l’exposé de nos arguments, il semble mieux comprendre notre
idée, même s’il ne l’approuve pas totalement.
– Si jamais vous partez pour une telle aventure, dit-il, il faudra vous entraîner à franchir « la barre ». Sitôt la Mer Rouge atteinte, vous naviguerez sur un océan, dont le
fesch* des vagues provoque d’énormes rouleaux, sur des rivages déserts s’étendant sur des dizaines de kilomètres. Si vous voulez accoster pour camper, il vous faudra franchir ces rouleaux,
parfois monstrueux. Si vous n’êtes pas expérimentés, votre bateau se brisera en mille morceaux et vous serez peut-être noyés !...
(...)
L’après midi, Charles et moi, nous honorons le rendez-vous fixé
par le Directeur de la télé. Après une courte attente, il nous reçoit, en compagnie de l’un de ses collaborateurs, dans un bureau à l’aménagement sobre. Nos deux hôtes ont la quarantaine, l’air
courtois et sympathique. Comme nous, ils arborent une tenue d’été, en chemisette et pantalon légers. Les deux hommes nous serrent la main d’une façon très énergique et chaleureuse, se présentent
et nous invitent à nous asseoir.
Le Directeur entre tout de suite dans le vif du sujet.
– Ainsi donc, dit-il, vous avez l’intention de faire le tour du monde, sur un dériveur ? Parlez-nous de ce projet très audacieux.
Charles me laisse expliquer comment l’idée nous est venue, en navigant dans les calanques, de réaliser cet exploit sportif, afin d’asseoir une certaine notoriété et pouvoir
faire passer des messages sur les problèmes générés par la surpopulation, selon l’exemple donné par le Commandant Cousteau.
(...)
– Vous n’avez pas à nous remercier pour ce service, réplique-t-il, c’est de l’info. Par contre, si la chaîne vous aide en vous fournissant du matériel d’occasion et en achetant
vos films, accepterez-vous de nous laisser l’exclusivité de vos aventures pour la diffusion concernant la France ?
(...)
Vers dix sept heures, nos interlocuteurs nous reconduisent dans
le hall d’entrée et nous prenons congé, en leur promettant de garder le contact.
Dès la porte franchie, nous avons beaucoup de mal à contenir notre joie. Une sorte de frénésie interne fait vibrer nos tripes et, si nous n’avions pas peur de passer pour des
fous aux yeux des employés de la chaîne, nous danserions comme des zoulous, tout en allant récupérer la voiture, garée non loin de là !
Le sentiment intense qui nous submerge, à cet instant, peut s’identifier au bonheur apporté par la réussite et le plaisir de vaincre, à tous ceux luttant pour
surmonter les difficultés rencontrées sur leur chemin.
A vivre au quotidien, sans retenue, tant ce bonheur est intense et régénérant !
-------------------------------------- O
-------------------------------------
Le basculement des populations, du monde rural vers le milieu urbain, a provoqué un essor considérable de la
recherche et des inventions, par nécessité. En effet, la seule manière de survivre dans nos immenses fourmilières humaines, improductives sur le plan nutritif,
n’exige-t-il pas de fabriquer à tout prix du confort, voire de l’inutile ?..
Copiant l’exemple du modernisme citadin, abandonnant ses méthodes ancestrales d’élevages et de productions agricoles saines pour des raisons de rentabilité, le monde rural
s’est mis, de son côté, à nous offrir une nourriture artificielle, polluée par les engrais chimiques et les pesticides… fabriqués dans les ville ! Cette
nouvelle manière de nourrir les peuples ne conduit-elle pas notre santé vers la dégénérescence ?
Ainsi, la science, inféodée par force au matérialisme, ne se reconnaît plus, désormais, qu’à travers le rapport financier… Créant sans cesse de
nouveaux besoins, au lieu de parfaire l’essentiel en respectant l’environnement, elle a pour résultat la pollution, qui nous détruit lentement !
Le manque de discernement humain, c’est d’avoir fait de l’argent le Dieu du pouvoir et de laisser croire, depuis, qu’il peut représenter le
but essentiel de la vie. Sans vraiment en prendre conscience, l’homme est devenu son propre destructeur…
L’histoire et l’actualité en font foi !
CHAPITRE VII
Un naufrage
opportun !
A l’aube du déclin de l’humanité…
Les quinze derniers jours du mois d’août se passeront, pour Charles, Maurice et moi, à partager notre temps entre les plaisirs de la voile, du camping, et du flirt à Sormiou
mais, aussi, à travailler sur les quais et à rechercher activement un emplacement gratuit, dans les clubs nautiques de Marseille, pour opérer les travaux de transformation du Proto.
Découragés, après avoir essuyé de nombreux refus, nous parlons de nos déboires à Philippe, devenu notre ami et confident, lors d’une nième visite à son
bord.
(...)
– Les raisons empêchant les politiques de prendre les décisions utiles sont multiples et pas valorisantes. Par exemple, si demain on décidait, en haut lieu, de fermer toutes
les usines qui polluent et d’arrêter la circulation automobile, ces mesures mettraient brusquement des millions de personnes au chômage ! Comment permettre aux gens du milieu citadin de gagner
leur vie ? Les politiciens de tous bords n’ont pas envie de se retrouver avec une révolution sur les bras…
(...)
– Plus nous serons nombreux à consommer des produits industriels polluants fabriqués par les habitants des villes, s’énerve Philippe, plus vite la nature
disparaîtra sous les immondices de notre société de consommation ! Au final, l’homme moderne ne sera plus capable de générer une nourriture saine et quantitative, ni à trouver une
eau naturelle à consommer.
(...)
– Comment en sommes-nous arrivés là, dis-je à voix basse comme si je me posais la question à moi-même.
– C’est la recherche du confort, la lutte contre le froid et les intempéries qui sont responsables, répond Charles.
– Sans doute en partie, dis-je, mais je pense que les raisons sont plus profondes. Tout a dû commencer quand les enfants, nés dans les campagnes, n’ont plus désiré mener la vie
rude de leurs parents. Aidés par leurs familles, attirés par le confort de vie des citadins et les gains d’argent éloquents que ceux-ci laissaient miroiter, ils ont déserté sans vergogne, les uns
après les autres, le milieu rural et ses salaires dérisoires. Peu à peu, il y a eu un basculement de la population et les travailleurs des villes se sont retrouvés plus nombreux que
les agriculteurs et les éleveurs. Le résultat de cette situation est facile à deviner : pour maintenir leur cadre de vie et éviter le chômage, des « génies créatifs » du milieu urbain se sont mis
à inventer sans cesse de nouvelles machines et de nouveaux objets de confort, destinés à être vendus à la fois aux citadins mais aussi aux habitants des campagnes qui leur permettent de se
nourrir ! Or, ce phénomène incontrôlable va prendre, avec le temps, une ampleur démesurée…
Charles fait entendre un sifflement admiratif.
– Bien raisonné, Chris, approuve-t-il. Et plus la poussée démographique sera importante dans les villes, plus on inventera du confort, pour créer des emplois
!
(...)
– Je ne voudrais pas paraître pessimiste, affirmé-je, mais je parie qu’un jour prochain nous découvrirons toutes ces merdes chimiques dans nos assiettes et elles
contribueront à la perte de notre santé* ! Déjà, fait alarmant, de nouvelles maladies, dont nos parents n’ont jamais eu à souffrir hier, commencent à frapper des enfants, notamment
dans le domaine des allergies!…
-------------------------------------------------------------------------------------------------
*Ces scénarios ont été largement démontrés, depuis, par des émissions
télévisées...
-------------------------------------------------------------------------------------------------
– Aujourd’hui, conclut Charles en prenant un air dégoûté, la science est trop inféodée au matérialisme et au profit. Le rendement financier est le souci primordial
des grands de ce monde. Donc, on crée sans cesse de nouveaux besoins, au lieu de parfaire l’essentiel, en respectant l’environnement !...
(...)
Nous rejoignons la Société des Canotiers Marseillais. La rencontre avec son Président s’avère fructueuse. Après lui avoir exposé le but de notre démarche, il
accepte de nous héberger gracieusement sur un coin de quai, à condition de pouvoir déplacer notre coque à tous moments, selon les besoins de carénages des bateaux du club.
Nous le quittons, le cœur rempli de reconnaissance et de joie. Maintenant, il nous reste à choisir un jour favorable de septembre pour amener le Proto ici et prévenir le
Directeur de la chaine que son équipe peut venir nous filmer. Cette période signifiera la date de mon anniversaire ! Nous décidons de fêter l'évènement en mer, en convoyant le voilier
!
O
Début septembre, quatorze heures… Le temps est maussade. Le vent d’Est charrie de lourds nuages gris dans le ciel. La plage de Sormiou, quasi déserte, est jonchée de débris de toutes sortes. De
gros paquets d’algues vertes s’agglutinent sur le sable, amenés là par les vagues qui déferlent sans répit.
En mon for intérieur, je pense que c’est de la pure folie de mettre le Proto à l’eau par un si mauvais temps. Cependant, je n’arrive pas à maîtriser l’irrésistible appel de
l’aventure et de la mer, bouillonnant en moi. A côté, Charles est très excité, lui aussi, de vivre cette épopée nautique et rien ne pourrait, à cet instant, nous faire changer d’avis, surtout pas
les remarques piteuses de Maurice, venu nous accompagner, afin de ramener ma voiture.
(...)
Nous
choisissons le moment précis où une vague déferle sur la plage pour pousser le voilier vers le large et sauter à l’intérieur. Le premier pas est franchi, le bateau flotte mais le plus dur reste à
faire : mettre en place le gouvernail, tout en nous éloignant du rivage, avant la prochaine déferlante ! Ce travail m’incombe, tandis que Charles commence à border les voiles pour arriver à
prendre de la vitesse. La coque s’élance en avant, à quarante cinq degrés du vent, bâbord amures*, nous éloignant très vite du rivage...
(...)
Après quelques instants de réflexion, il accepte de nous filmer mais en y ajoutant une condition. Nous devrons dire, lors de l’interview, que le bateau présenté est seulement
utilisé pour parfaire notre entraînement, en attendant de trouver un sponsor et le voilier définitif. Je le remercie vivement et nous prenons rendez-vous pour le samedi suivant.
Le soir, quand j’apprends la nouvelle à Charles, dans le studio secret de Maurice, à la « Charité », il saute de joie.
– Et la suite de ton plan, pour trouver un nouveau voilier ?
– Nous l’achèterons ...et je vais te dire comment...
(...)
– Vous êtes vraiment gonflés, s’amuse Philippe, je n’aurais jamais eu l’audace de penser à un truc pareil pour payer la construction de « Mahina ».
– C’est notre seule chance, dis-je, de voir aboutir très vite ce projet. Je ne pense pas que nous ayons ta patience et ta ténacité à attendre des années ! D’ailleurs, nous ne
comprenons pas pourquoi tu ne pars pas ? Ton voilier est fin prêt !
– Ah non ! Détrompez-vous, il n’y a pas que le bateau à préparer dans ce type d’expédition. Il faut prévoir la nourriture pour de longues traversées et mettre de l’argent de
côté pour survivre...
– Peut-être, rétorque Charles, mais c’est en pratiquant ainsi que l’on fini par ne jamais partir. D’ailleurs, nous n’arrivons pas à comprendre ton détour par Marseille. Ce
n’est pas le chemin le plus court pour rejoindre la route des alizés…
Philippe prend un air mystérieux, avant de répondre :
-
J'ai une mission à remplir, ici, en Méditerranée...
--------------------------------------- O
-------------------------------------