Nous prenons nos sacs à dos et rejoignons l’arrière plage,
où mon voilier est tiré au sec, au milieu d’une multitude d’autres embarcations. C’est un dériveur d’un genre très ancien, inconnu, apparemment un prototype fabriqué à l’unité. Je l’ai baptisé le
" Proto " ! Il mesure près de cinq mètres de long et pèse plus de cent cinquante kilos, avec sa coque réalisée en lattes de bois épaisses, rivetées sur des membrures, et sa grosse
dérive métallique. Je constate, avec satisfaction, qu’il reste de l’eau à l’intérieur. Si je n’avais pas pris cette précaution, en prévision de mon absence prolongée, le bordé aurait séché,
rétréci et perdu son étanchéité.
– Nous le viderons et le remettrons à l’eau demain, dis-je.
Dans moins d’une heure, il fera nuit. Pour ce soir, contentons-nous de rejoindre le campement !
– Qu’est-ce que c’est calme, ici,
constate Charles.
A part le crissement de quelques cigales, encore en activité à la
cime des pins, le léger bruit du ressac sur la plage et le ronronnement lointain de conversations, à la terrasse des cabanons, c’est le calme absolu. Ici, fini le tapage de la
cité.
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*Extraordinaire époque où le camping sauvage était autorisé et où les feux étaient
cependant inexistants !...
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Après avoir transpiré dix bonnes minutes, nous rejoignons enfin le campement.
Nous déballons le matériel et la nourriture des sacs, fixons
quelques piquets de tente, désolidarisés du sol, puis dressons le couvert sur une table fabriquée sur place, avec quatre planches. Le soir tombe, tandis que nous commençons à
dîner...
(...)
Charles se met à rire puis répond :
– D’abord, l’idée de la survie de l’esprit,
après la mort physique, n’est pas mienne. Ensuite, pour comprendre la théorie dont je fais état, il faut évoquer les connaissances du savant, feu Albert Einstein, qui a défini la quasi non
existence de la matière. Tous les scientifiques, aujourd’hui, confirment cette découverte : la matière est essentiellement constituée de vide et de forces attractives,
liant les protons et les neutrons entre eux et maintenant les électrons en orbite autour de ces noyaux. L’atome ainsi composé, associé à une multitude d’autres atomes, détermine l’aspect physique
de la matière*. Si tu avais la possibilité de faire cesser la rotation des électrons, tout disparaîtrait. Il ne resterait plus rien, si ce n’est un invisible nuage de particules éparses,
privées d’énergie. Einstein prétend que toute la ferraille, constituant soixante navires, ne représente, en réalité, que la valeur d’un morceau de sucre en matière pure, en atomes compressés les
uns contre les autres mais égalant toujours la masse des soixante navires ! C’est incroyable, non ? En conclusion, cela veut dire que l’aspect de la matière, en réalité, pourrait être défini comme une illusion d’optique !
– C’est fabuleux, dis-je, et nos cinq sens ont ainsi la
faculté de nous leurrer, de nous faire voir, toucher, entendre, sentir et goûter des milliards de choses différentes, qui sont seulement des arrangements, dans l’espace, de protons, neutrons et
électrons ?
– Oui, c’est bien cela, répond Charles, et cette
force d’attraction, cette énergie électromagnétique apparemment inépuisable, permet aux atomes et sans doute même aux étoiles et aux planètes, de se maintenir dans l’espace, dans le vide
absolu, comme par magie ! Selon leurs nombres et leurs combinaisons, ces atomes forment des matières gazeuses, du carbone, de la lave en fusion, du fer, du bois, des végétaux ou de la chair,
en fait tout ce qui existe… C’est extraordinaire, non
(...)
– La destruction moléculaire d’une forme de Vie, expose Charles,
peut paraître dramatique à tous ceux qui pensent qu’après la mort il n’y a plus rien. Or, cela ne semble pas être le cas. A mon humble avis, l’énergie atomique, constituant la matière, est
indépendante de " l’onde intelligente " qui veille sur son destin, en l’incitant à modifier son aspect et ses moyens de défense, quand les circonstances deviennent nécessaires pour sa
survie. Sinon, comment pourrions-nous expliquer les mutations génétiques subies par la matière vivante ? En observant la nature, aussi attentivement que le font les scientifiques, nous
pouvons vérifier l’exactitude de cette constatation : la lente mais constante transformation du monde animal et végétal* répond bien à ce scénario fantastique* !
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* Dans une émission USHUAI,
un scientifique montrait à Nicolas Hulot une catégorie de plantes qui, en l’espace d’un an, s’était recouverte d’épines, pour ne plus être dévoré par un prédateur menaçant son
existence !...
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